IIIB suites.
L'Absent.

(Apprendre à considérer celui qui n'est pas là aujourd'hui)

Innocentem non condemnari (un innocent ne doit pas être condamné) :

Aux lendemains de l’accident survenu hier, celui-ci déplore l'absence de son enfant à ses côtés. Aux lendemains de l'avortement commis hier, cet autre se réjouit de l'absence de son enfant à ses côtés.

Une incohérence est dans le ressenti face à l’absence d’un enfant aujourd’hui.

Une incohérence signifie une erreur ; chacun sait où est la réaction erronée !

"L'acte ne doit pas être jugé en se demandant si quelqu'un a été tué hier, mais en observant que quelqu'un manque d'être là aujourd’hui"

Apprendre à considérer l’Homme destiné à être, c’est apprendre à considérer autrement celui qui, à la suite de l'acte survenu hier, a été privé d'être là aujourd’hui.

Il est, dans la partie qui suit, relaté ce nouveau regard porté sur celui qu‘on se permet de nommer l’ « l’Absent » :

1. La victime de la violation du Droit d'être à l’avenir.

"A la suite de l'accident survenu hier, qui pleure-t-il ?"

a. La victime n’est pas le tué de hier, mais l’Absent d’aujourd’hui.

« Seul cet embryon existait hier. En le détruisant, je n'avais donc porté atteinte qu'à cet embryon. A cet embryon et à rien d'autre. Surtout pas à quelqu'un ! Voilà ce que je m’étais toujours dit.

Cependant, il y a plusieurs années, un père a perdu sa fille dans un accident, et plus d'une fois, je l'ai entendu, seul, le soir, pensant à elle, soupirer : « Pourquoi n’es-tu pas là ! Pourquoi n’es-tu pas là ! ». A la suite de cet accident, que déplore ce père ? L’absence de sa fille aujourd'hui. Or, cette fille qui est aujourd'hui absente, qui est-elle ?

Cette fille qui n'est pas là aujourd'hui, ce n'est pas cette fillette qui existait hier et qui fut tuée par l'accident, mais celle que cette fillette serait aujourd'hui devenue si cet accident ne s’était pas produit hier. L'absente d'aujourd'hui est une jeune femme, une jeune femme qui hier, au moment de l'accident, était destinée à être et que l'accident a privé à jamais d'être.

Le Drame ne réside pas dans celui que tu as vu hier, mort sur le bord de la chaussée, mais dans celui que tu ne vois pas aujourd’hui faire sa vie à tes côtés !

Voilà où réside selon ce père le drame de cet accident et voilà qui en est véritablement, selon lui, la victime. C'est son cœur, un cœur meurtri, qui s'exprime et dans ses mots emprunts de douleur se cache une toute nouvelle Compréhension de la victime d'un tel acte.

C'est alors vers l'acte que j'ai commis hier, que je me tourne. La victime de cet acte n'est-elle que cet embryon qui existait hier et que j'ai décidé de tuer ? Ou n'est-elle pas de même cet enfant que j'ai privé à jamais d'être, cet enfant qui, chaque jour qui passe, est à mes côtés... absent ? »

"Je disais n’avoir tué qu’un embryon ; je dis maintenant avoir fait un Absent !"

Ces larmes qui coulent le long de ton visage, que disent-elles de la victime de l'acte commis hier ?
Ces larmes, à qui sont-elles dédiées ? Au tué ou à l'Absent ? A celui qui existait hier ou à celui qui n'existe pas aujourd'hui ?

- Schéma : La violation du Droit d’être à l’avenir (faire un Absent) :

"Cet enfant ne devait pas exister hier pour que son Droit puisse être violé ; son Droit a été violé du simple fait qu’il n’existe pas aujourd'hui"

Violer le Droit d'être là demain de quelqu'un, c'est faire que celui qui était destiné à être ne soit pas là demain, c'est faire que demain il y ait un absent.

L'Absent (celui qui était hier à venir et qui n'est pas là aujourd'hui) est la donnée caractéristique de la violation du Droit d'être là demain :

> Le respect du Droit d'être là demain :

Quelqu'un est destiné à être, ...

... et quand demain arrivera, ce quelqu'un sera là.

> La violation du Droit d'être là demain :

Quelqu'un est destiné à être, ...

... et quand demain arrivera, ce quelqu'un ne sera pas là, il n'existera pas, il sera Absent.

L'Atteinte à l'Homme, la diminution de la condition humaine apparaît clairement : Quelqu'un serait, mais ce quelqu'un n'est pas.

A la place de quelqu'un, personne ! Un Homme réduit à ne pas être, à n'être rien.

Afin de signifier qu’il n’y a personne, mais qu’il devrait y avoir quelqu’un, afin de signifier qu’il n’y a personne car quelqu’un a été privé d’être, il fut décidé d’utiliser le symbole : «  ...  ».

Celui qui devrait être, mais qui n’est pas, c’est l’Absent. Ce symbole signifie qu’il y a un Absent.

Les deux chaises vides (une même réalité physique, deux réalités juridiques différentes) :
"Aujourd’hui, il n’y a pas personne ; aujourd’hui, il y a un Absent !"

C’est l’histoire de deux chaises, les deux vides. L’une l’est, et il est normal qu’elle le soit, il n’a jamais été prévu que quelqu’un soit sur cette chaise. L’autre, par contre, l’est, mais il n’est pas normal qu’elle le soit. Il était prévu que quelqu’un soit sur cette chaise, mais un acte est survenu hier qui décida que personne ne serait sur cette chaise. Que voit-ondes deux côtés ? Rien. Plus exactement, deux chaises et personne, ni sur l’une, ni sur l’autre.

Il y a deux chaises, les deux vides, deux images parfaitement identiques, ces deux chaises cependant ne sont identiques que sur ce qu’elles laissent paraître, que sur l’image qu’elles renvoient, car ces deux mêmes chaises vides, aussi similaires soient-elles, cachent une réalité bien différente. Il y a une chaise vide qui n’est qu’une chaise vide et une chaise vide qui reflète une absence. L’absence de quelqu’un, l’absence de cet enfant que l’acte commis hier a privé d’être aujourd’hui assis sur cette chaise.

De toutes ces chaises vides autour de moi, laquelle témoigne du drame survenu hier ?

C’est l’histoire de deux chaises, les deux vides, deux chaises sans personne dessus, et je regarde bien différemment ces deux mêmes chaises vides. Je regarde la première l’esprit tranquille me figurant qu’il est normal qu’elle soit vide alors que je regarde l’autre l’esprit meurtri, sachant me figurer, ne voyant personne aujourd’hui assis sur cette chaise, cet enfant à qui fut refusé le Droit d’être là aujourd’hui, assis sur cette chaise.  

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b. La victime : celui qu’il n’est aujourd’hui possible que d’imaginer.

"Considérer l'enfant qu'il n'est possible que d'imaginer comme une réalité qui aurait dû être"

« Hier, j'ai commis cet acte, et en raison de cet acte, un enfant n'est pas là aujourd'hui. J'ai déjà essayé de me le figurer cet enfant. Je me suis déjà demandé à quoi, à qui, il aurait ressemblé. Cependant, l'imaginant, je n'ai jamais rien ressenti de particulier. Il n'était rien de plus qu'un simple songe, une simple éventualité, dont j'avais décidé de ne pas faire une réalité !

Pourtant, il y a plusieurs années, un accident de la route s'est produit. Un père a perdu sa fille. Et l'autre jour, ce père nous dit combien l’absence de sa fille se faisait, des années après l'accident, toujours vivement ressentir.

Il nous dit souvent se demander à quoi elle aurait ressemblé et nous avoua même régulièrement l'imaginer être à ses côtés. Il nous dit qu'il lui avait donné une visage, celui qu'il lui connaissait déjà, mais un peu différent, un peu plus adulte. Il nous dit aussi lui parler et lui demander conseil lorsqu'il a un choix à faire et qu'elle lui répond toujours avec beaucoup de sagesse. Il était tout enjoué lorsqu’il se mit à nous parler d’elle. Il ne manqua pas d’ajouter en se levant de son siège, plein d'enthousiasme : « Elle est belle ! Elle est belle ! Une jeune femme éduquée, serviable et aimante », mais subitement, il s'arrêta net. La joie qui scintillait dans sa pupille s’éteignit soudainement de briller. Il était devint hagard, et après un court instant de songe, nous dévoilant des yeux tristes, il s'exclama vivement : « Mais, non ! Mais, non ! Regardez ! Où est-elle cette belle jeune femme, serviable et aimante ? Il nous montrait le salon autour de lui, vide de toute présence. Elle n’est pas ! Elle n'existe pas ! Elle n’est qu’un vain songe, un fantôme, dans mes pensées ! ». Puis, il se mit à pleurer.

Voyez-vous la différence entre la réaction de ce père et la mienne au sujet de cet enfant qu'on ne peut aujourd'hui qu'imaginer ? Ce père, disait-il de cet enfant qu’il n’était qu’un songe, qu'une éventualité, que cet accident avait privé aujourd’hui de se réaliser ? Nullement ! Il déplorait, tout au contraire, que cette jeune femme qu'il ne pouvait qu'imaginer ne soit pas aujourd'hui une réalité, il déplorait qu’à la place d'être aujourd'hui une réalité, cette jeune femme ne soit qu’un vain songe dans ses pensées ! 

"Suivant l’étendue de notre considération, ce même Homme qu’on « avait juste empêché de devenir une réalité » devient « une réalité qu’on a privée d’être »"

Que dois-je alors dire au sujet de cet enfant qui de même n'est pas à mes côtés et que je ne peux aujourd'hui qu'imaginer ? Dois-je continuer à le considérer comme un simple songe, une simple éventualité, que j'ai décidé de ne pas faire une réalité ou ne dois-je pas plutôt, à l'image ce père, le voir comme une réalité qui devrait être, mais que j'ai réduite à n'être aujourd'hui qu'un vain songe, un fantôme, dans mes pensées ? »

La nouvelle considération portée à un Homme se transpose d’abord dans les mots :

Celui qui n'était qu' « un songe qu'on n'avait que privé d'être une réalité » devient « une réalité qu'on a réduite à n'être qu'un songe » !

2. Savoir considérer le Drame alentour :

"Aux lendemains d’un conflit, regardant aux alentours, on observe qu’il y a ceux qui sont là et ceux qui sont absents"

#   Aujourd’hui encore, il y a des Absents.

« La société de hier et celle d’aujourd’hui sont-elles vraiment différentes ? Il manquait des gens hier dans les rues, il en manque toujours aujourd’hui. L’acte aboutissant à ce résultat était hier légal, il l’est toujours aujourd’hui. Rien n’a changé. Les temps ne sont pas différents, on est toujours aujourd’hui comme hier entourés de toutes ces présences manquantes, de toutes ces présences laissées à l’imagination. Il y a toujours aujourd’hui comme hier tous ces fantômes alentours qui, aujourd’hui comme hier, nous rappellent au drame de l’acte commis »

« Sur les places, sur les quais de gares, dans les cours d’école, celui qui sait voir au-delà des apparences trompeuses d’une société pacifique, celui qui sait percevoir la réalité cachée derrière les rires et la joie alentour, se pose cette question, toujours la même, celle que se posaient ses ancêtres dans des temps plus sombres :

« Combien en manquent-ils ? »

"Que serait devenu ce million d’enfants (...) ? Des philosophes, des artistes, de grands savants ou plus simplement d’habiles artisans ou des mères de famille ?"
S.Veil, allocution à la mémoire des victimes
du camp d’Auschwitz-Birkenau.

La caractérisation d’une Atteinte (et d’une Victime) nécessite l’emploi du conditionnel :

Il est proposé, dans le texte qui suit, une rédaction plus soutenue sur le thème de l’Atteinte et de la Victime (victime = entité subissant l’Atteinte). Il y est exposé deux points essentiels à la caractérisation d’une Atteinte : l’emploi du conditionnel et le recours à l’imagination.

PDF

Ne pas confondre avortement et contraception en raison de leur finalité : faire que quelqu’un ne soit pas là demain (finalité identique, moyens différents) :

La pensée exposée condamne l’avortement en raison de cet Homme que cet acte prive d’être là demain.

Une confusion est alors régulièrement faite, celle de penser que la contraception serait de même à condamner sur le fondement de cette pensée, celle-ci ayant le même aboutissement que l'avortement : faire que quelqu’un ne soit pas là demain. Cependant, l’avortement est condamnable non pas car « il fait que quelqu’un ne soit pas là demain », mais car, pour atteindre cet objectif, « il prive quelqu’un - celui qui est à venir - d’être là demain ».

Aussi, si ces deux pratiques proviennent toutes deux du souci qu’un enfant ne soit pas là demain, elles sont d’une nature tout à fait différente. L’une remplit cet objectif innocemment, en ne privant personne d’être, alors que l’autre, au contraire, pour atteindre cet objectif, va priver l’enfant qui est à venir d’être.

Le lien qui suit explique davantage pourquoi il est erroné de confondre avortement et contraception :

PDF

Bilan :

Il y a la réalité qui est et qui correspond à un enfant qui joue sur la plage. Il y a la réalité qui aurait été si l'acte n'avait pas été accompli et qui correspond à deux enfants jouant sur la plage.

Il est alors à se demander si la réalité qui est est bien une réalité qui pouvait être, et si la réalité qui aurait été si l'acte n'avait pas été accompli, n'est pas la réalité qui devait être ?

Il aurait pu y avoir un enfant supplémentaire et il nous faut savoir si cet enfant pouvait être l'objet d'un choix ou devait être le sujet d'un Droit ?